Quatre nouveaux articles à la rubrique « Psychanalyse »

Dans la série d’articles de 10 à 7 (selon l’ordre LiFo), Jean-Claude Schotte reprend en le développant considérablement l’ancien article 7 paru dans ces pages le 21 octobre. Afin de faciliter la lecture, il nous a semblé préférable de présenter ici un résumé de l’argumentaire en suivant la logique de l’enchaînement de ces articles. Les liens renvoient directement aux articles

7- L’administration de la santé :

Les « psys » apprécient tous, en principe, une situation clinique ; mais ils n’établissent pas nécessairement de diagnostic et en tous cas pas inévitablement sur la base de manuels statistiques comme le DSM ou la CID. Toutefois, si le diagnostic doit être officialisé à l’usage des administrations et des caisses d’assurance, il y a de fortes chances qu’il soit établi selon les nomenclatures de ces manuels ; celles-ci, loin de résulter d’hypothèses explicatives susceptibles d’être mises à l’épreuve, relèvent plutôt de définitions conventionnelles. Quoi qu’il en soit, l’appréciation portée par le « psy » constitue un acte social : la société a affaire à quelqu’un déclaré « malade », et ce rapport aux autres permet ou non au sujet d’entrer dans la relation de soin avec des thérapeutes. Certains patients se contentent d’une appréciation basée sur le DSM ou la CID, d’autres n’acceptent pas d’être étiquetés en méconnaissance de ce qu’ils sont. Ceux-là ne se contentent pas d’être soumis à des questionnaires standards faisant un comput des symptômes : ils ont quelque chose à dire, besoin d’être écoutés, d’être rencontrés. À l’inverse de ce besoin, les diagnostics découlant du DSM ou de la CID sont en réalités des actes d’allure gestionnaire : guérir équivaudrait à « améliorer la comptabilité des symptômes » en réduisant le nombre de symptômes jugés négatifs ou lacunaires.

8- « Ralentir, travaux » :

On comprendra, en fonction de ce qui précède, que les manuels statistiques font du « psy » un ordonnateur (pour ne pas dire ordinateur) : vous avez tels symptômes, cela correspond à tel trouble, on va vous appliquer tel traitement pour améliorer votre bilan symptomatique. On est direct, on économise du temps et de l’argent. L’ennui est que « l’expert-comptable » ès symptômes n’envisage pas un instant qu’ils pourraient manifester un travail psychique sous-jacent tel que l’avait déjà évoqué Freud. Ce travail psychique ne cesse de transformer la pulsion en désir, créant un vide perpétuellement à combler par condensation et déplacement. Et quelquefois, le processus se bloque, le congé ou la licence qu’implicitement on se donne cèdent le pas au conflit éthico-moral que manifestent des symptômes. De plus, ce conflit par nature éthique, s’il ne fonde pas les rapports à l’autre, les module dans une dynamique d’infrastructure à superstructure. Toute société codifiant ce qui est ou non moralement acceptable (hégétique), ce conflit revêt également un aspect de rapports (pathologiques) à l’alter et à l’autrui, « crypto-sociologiques » ou, si l’on préfère, axio-cénotiques. Autrement dit : « comment tout cela s’inscrit-il dans une histoire plus ou moins partagée ? ». Jean-Claude Schotte va plus loin en remarquant que la même dynamique fait interférer le conflit axiologique avec non seulement le plan sociologique, mais encore avec les plans logique et technique : l’approche tétralogique montre qu’une convergence dans le service de soin est possible entre patient et thérapeute. Il ne faut donc pas trop se hâter d’éliminer les symptômes qui, paradoxalement, permettent cette rencontre et servent au patient à tenir.

9- Efficace mais sourd.

La seule observation des symptômes qu’on nomme sans les expliquer par des théories à soumettre à l’épreuve expérimentale ne constitue pas une théorie scientifique des maladies mentales. Les manuels statistiques (DSM et CID) guident dans le choix de la méthode thérapeutique la plus apte à améliorer rapidement le bilan des symptômes plutôt qu’à guérir de la maladie : ce sont des outils d’administration, comme on l’a vu. Le malade se trouve ainsi pris dans une visée économique : l’humain apparaît comme une machine productive dont on répare les pièces sans tenir compte de la totalité dialectique du sujet à reconstruire. « La question du sens de la vie humaine (…) est réduite à la seule réalité économique : le sens, c’est le prix du marché. » Corollaire : il y a des troubles qui ne valent pas le coût parce qu’irréparables ou trop dispendieux à traiter. Tel semble être le credo des caisses d’assurance-maladie. Que reste-t-il de la situation clinique lorsque les impératifs économiques risquent de pervertir la rencontre du clinicien et du patient ? L’impératif d’efficacité conduit le thérapeute à négliger son rapport personnel, transférentiel, au patient en négligeant toute résistance. Or l’enjeu est autre : reconstruire une histoire partageable, le sujet essayant de déchiffrer ce qui lui arrive et de se replacer dans un réseau relationnel dont les fils ont été rompus. Et cela demande du temps.

10- À la recherche de la responsabilité clinique.

Quel jeu jouent donc ceux qui se présentent comme des praticiens scientifiques ? Certains soumettent les patients aux exigences mercantiles d’utilisation « rationnelle » des ressource humaines ; d’autres, plus naïfs, se voient comme entraîneurs (coaches) dans une compétition où les meilleurs gagnent et les autres sont éliminés. Tous semblent baigner dans une idéologie « néo-libérale » qui n’a rien de libéral mais tout de monopolistique. Témoin l’inflation de nouveaux « troubles » dans les versions récentes du DSM et de la CID et, de manière concomitante, celle des drogues psychotropes produites par les trusts pharmaceutiques. On finit par tout « médicaliser », du deuil prolongé à l’enfant turbulent. Il ne s’agit nullement du libéralisme classique, où le marché est soumis à des cadres légaux, mais d’une marchandisation universelle où tout est livré à concurrence, certes, mais où la concurrence elle-même dépérit avec la complicité des États et devient monopole. « Faut-il que le clinicien soit dupe de cette idéologie ? » se demande Jean-Claude Schotte ? Où serait alors sa responsabilité ? Pour être responsable, le clinicien doit accueillir et accompagner le sujet, lui offrir un espace et un temps à investir dans un rapport interactif avec lui, l’aider à explorer ensemble comment s’exerce habituellement son autonomie. Cela demande du temps, un temps clinique qui « n’est pas calculable, jamais ni nulle part. »

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Du nouveau

Nos lecteurs assidus ont certainement constaté une interruption du blog durant l’été. Elle était consécutive au changement du code pHp chez l’hébergeur. Après de nombreuses modifications de paramètres (et réparation du Webmaster, mais c’est une autre histoire), tout semble fonctionner correctement.

Vous trouverez dans la rubrique « Psychanalyse » un nouveau message de Jean-Claude Schotte : « La normalisation dissimulée par les chiffres ? » :

L’approche phénoménale des troubles psychiatriques est un traitement statistique de symptômes, ce qui a produit des grilles diagnostiques préétablies comme le DSM. En fait, il n’y a rien d’explicatif dans cette approche et dans les procédés qui en découlent : c’est essentiellement une nomenclature basée sur des moyennes, ignorant ce que l’auteur appelle la « logique de la maladie ».

Il s’agirait en fait d’une appréciation des comportements en fonction d’une norme (« standard » en anglais) opposant les dysfonctionnements présumés des malades aux fonctionnements des sujets réputés « sains ». On peut s’inquiéter des principes fondant une telle norme : recherche d’une plus-value hédoniste ? Utilitarisme en raison d’une (non-) participation à l’économie sociale ? Crainte d’un danger potentiel ? Principes éthiques ? Les cliniciens et psychanalystes se posent ce genre de questions.

Une autre question, inquiétante, mérite d’être examinée : si cette norme n’est pas élaborée en communication par le thérapeute et le patient, si elle est « importée », ne s’agirait-il pas (même inconsciemment) pour certains de discipliner le monde en se parant de l’outil statistique, du DSM, de la CIM ou d’autres grilles de diagnostic ?

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Deux nouveaux messages sur la page Psychanalyse

Le fétichisme des chiffres

Les chiffres, la quantification -notamment, en sciences humaines, les statistiques- ne livrent pas ipso facto la nature et la causalité des phénomènes ; ils doivent donc être interrogés épistémologiquement. Jean-Claude Schotte nous le montre à l’aide d’un exemple simple et éclairant, où les chiffres sont confrontés au principe de réalité.

Parler sans s’entendre parler

Poursuivant sa réflexion précédente sur le « fétichisme du chiffre », Jean-Claude Schotte montre que la constitution d’un champ de connaissances, acte impliquant la recherche d’une causalité immanente, ne se confond pas avec le relevé statistique d’un ensemble de phénomènes associés. En particulier, les statistiques ne livrent pas l’explication de la pathologie ; leur prudente « neutralité » -revendiquée par ceux qui se prétendent « a-théoriques » cache en fait des postures théoriques implicites ne débouchant pas sur des hypothèses causales. Une telle quantification demeure descriptive, mais ne parvient pas à être explicative.

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Nouveau message sur la page « Psychanalyse »

Dans ce troisième message, Jean-Claude Schotte répond à ceux qui prétendent exercer une psychothérapie « scientifique » par une distinction entre ce qui relève d’une science de l’ordre de la connaissance logiquement et expérimentalement construite, par exemple la médecine théorique, et ce qui relève de la relation de soin faisant intervenir contractuellement un patient et un thérapeute dans une véritable communication prenant en compte la singularité du patient. La médecine, tout en s’appuyant sur des connaissances scientifiques, est un art; il en va a fortiori de même pour la psychothérapie, « une praxis entre deux êtres » où l’on a affaire « à des problèmes d’ordre proprement humain ».

C’est ICI.

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Nouvelle rubrique au menu

Le blog offre une nouvelle rubrique à son menu : « Questions actuelles ». C’est une sorte d’aiguillage pour accéder à des pages dédiées chacune à l’un des quatre plans du modèle de l’anthropologie clinique médiationniste.

Pour commencer, nous avons ouvert une page consacrée à l’axiologie, et précisément à la psychanalyse. Vous y trouverez deux « posts » de Jean-Claude Schotte traitant d’une question grave concernant le statut de la psychanalyse au Luxembourg, mais visant bien au-delà les rapports de cette thérapeutique avec une psycho-thérapeutique se disant « scientifique » mais à visée monopoliste qui tend à s’imposer en Occident dans une véritable lutte politique, une « lutte des places » selon une expression de Hubert Guyard.

L’analyse développée par Jean-Claude Schotte conduit notamment à une interrogation à propos des rapports entre connaissance(s) théorique(s) et pratique(s) sociales dans la problématique du soin en psycho-thérapie. D’autres « posts » sont annoncés. À suivre, donc.

Nous espérons que d’autres pages seront ouvertes à des questions concernant les trois autres plans. Il est souhaitable, pour cela, que des contributions nous parviennent.

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Tétralogiques n°22 est paru

 Le numéro 22, Troubles de la personne et clinique du social, vient de paraître. Vous pouvez accéder directement aux articles en cliquant sur les liens correspondants.

Accueil du site > N°22, Troubles de la personne et clinique du social

N°22, Troubles de la personne et clinique du social

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Davantage sur l’anthropologie de l’art contemporain

Youtube : Pierre-Yves BALUT traite de l’anthropologie de l’art (suite). 

Il s’agit d’une série en 4 parties, récemment mise sur internet, qui « vise à rendre compte du phénomène de l’art contemporain, non pas en en faisant l’histoire, mais en proposant un modèle anthropologique qui explique, derrière la diversité des manifestations, les mécanismes humains généraux qui sont en cause. » (extrait de la présentation)

Une bonne occasion de se (re)plonger dans les travaux de nos collègues et amis de l’Institut Philippe Bruneau.

(Les deux premières séquences ont déjà été signalées ICI)

L’esthématopée

L’expérimentation de la matière

L’expérimentation des effets

L’expérimentation analytique

La banalité assumée

La parade du style

La relique

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Pierre-Yves BALUT traite de l’anthropologie de l’art.

Youtube : Pierre-Yves BALUT traite de l’anthropologie de l’art. 

Il s’agit d’une série en 4 parties, récemment mise sur internet, qui « vise à rendre compte du phénomène de l’art contemporain, non pas en en faisant l’histoire, mais en proposant un modèle anthropologique qui explique, derrière la diversité des manifestations, les mécanismes humains généraux qui sont en cause. » (extrait de la présentation)

Une bonne occasion de se (re)plonger dans les travaux de nos collègues et amis de l’Institut Philippe Bruneau.

https://www.youtube.com/watch?v=GXhjhU_gcUY&t=4s

  et

https://www.youtube.com/watch?v=Cbe85m0QrQE

PS.  » Anthropologie de l’art  » est également disponible sur Tweeter et Facebook

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La dérive naturaliste : tendance et contre-tendance

Vous trouverez en Podcast l’intervention de Jean-Yves Dartiguenave, lors du Congrès Européen organisé par la Ligue Bruxelloise Francophone pour la Santé Mentale sur le thème : « Les débordements de la santé mentale ». Jean-Yves Dartiguenave est Directeur du laboratoire CIAPHS près l’Université de Rennes 2. Dans la ligne développée dans l’ouvrage qu’il a publié avec Jean-François Garnier, « La fin d’un monde. Essai sur la déraison naturaliste » (Presses Universitaires de Rennes, 2014), cette intervention a pour titre : « La dérive naturaliste : tendance et contre-tendance ».

Partant du constat (déjà développé dans « L’homme absent du Travail Social » (Mêmes auteurs, chez ÉRÈS)) de la destruction du travail social notamment par le « management » trop à la mode, Jean-Yves Dartiguenave signale une dérive naturaliste consistant en un oubli de la spécificité de l’humain. Certes, le « libéralisme » (mal compris) ou l’économisme dominant contribuent à cette déshumanisation, mais ce ne sont que des adjuvants dans un processus dont il faut rechercher les sources dans le fonctionnement humain lui-même. Le modèle explicatif sera donc le modèle de la Médiation (TdM) dans lequel la dialectique nature/culture est définitoire : la personne ne se confond nullement avec l’individu physique, elle témoigne d’une capacité d’abstraction (ou de médiation, d’interposition) face à l’immédiat du rapport animal au monde. Or la tendance actuelle semble bien être, du fait des conditions socio-historiques, l’immédiateté du rapport au monde. Il se manifeste cependant, heureusement, des contre-tendances.

La tendance, ce sont plutôt en réalité deux tendances : l’effritement de l’identité et la remise en cause de la responsabilité -ou de l’autorité comme en témoignent par exemple l’effacement de l’autorité parentale, ou encore celle de la Police – c’est-à-dire la remise en cause des compétences et l’affaiblissement de la force organisatrice du politique.

La dérive naturaliste a un impact sur le temps social : on tend à nier l’Histoire, pour ne plus considérer que l’immédiateté de l’instant, mais ce déni est également celui de la dette que nous devons à ceux qui nous ont précédés. C’est un déni d’héritage, et en même temps un déni du futur, que manifeste notamment (mais pas seulement !) l’expression « no future ». Mais cette dérive affecte aussi l’espace, en témoigne la notion politico-administrative de territoire qui ignore superbement le fait que les frontières personnelles diffèrent d’une personne à l’autre et que l’altérité revêt de multiples figures. Il en va de même des savoirs : on valorise le pragmatisme et l’efficience instrumentale (d’où, au passage, le déni des sciences humaines).

Le premier indice de ce phénomène est l’affaiblissement des oppositions structurales. Dans toute structuration sociologique, figurent la classe et l’appartenance sociale : toute société, en somme, classe et définit les appartenances et instaure une division sociale du travail, c’est-à-dire une répartition des responsabilités sociales, et cette distribution se fait selon des oppositions. Or ces oppositions s’affadissent aujourd’hui, on tend à leur substituer une coexistence sociale, une indéfinition, chaque individu se résolvant à des choix immédiats : chacun prétendant être à la fois la Partie et le Tout selon une sorte d’absolutisme non négociable (voir par exemple tous les particularismes proclamés).

Plutôt que de l’individualisme, le second indice relève d’une sorte de narcissisme. C’est en fait un rejet de l’altérité. En témoigne notamment la vogue des différentes « maisons » (de l’Emploi, du Handicap etc…) qui ne font que masquer l’anonymat et la dépersonnalisation. Autres aspects parmi bien d’autres : la privatisation de la sphère publique, ou encore la sécurisation technique de l’espace -sous couvert d’écarter tout risque potentiel- tendant à se substituer au face-à-face. D’ailleurs, on ne prépare plus guère les travailleurs (sociaux ou autres) à ce jeu du face-à-face, on préfère préserver l’entre-soi. Un autre aspect, souvent souligné par les sociologues, est l’obsession de l’organisationnel entraînant une kyrielle de procédures, d’interventions etc… C’est en fait une négation de l’autorégulation sociale par l’instauration obsessionnelle de dispositifs et d’évaluations. Cela, en fait, conduit parfois (souvent ?) à évacuer toute altérité, y compris celle des usagers des services.

Le constat est inquiétant ; cependant, Jean-Yves Dartiguenave, termine sur une note plus optimiste : cette dérive naturaliste est datée, elle commence à être dialectiquement contestée, en témoignent par exemple la création d’associations, ou encore l’organisation de l’économie sociale solidaire.

Écouter la conférence

 

 

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Vidéo : l’échange entre Jean Gagnepain et Thomas Ewens

Notre ami Thomas Ewens a décidé de mettre à disposition du public intéressé par le modèle de la Médiation un échange video avec Jean. Gagnepain. Filmé à Matecoulon (1), en 1998 , puis numérisé par Stépanie Ewens, cet important document est accessible sur Vimeo en trois parties.
Le dialogue est en anglais, mais la diction et l’expression limpides font qu’un auditeur ayant un niveau moyen dans cette langue peut facilement le comprendre. Voici les liens pour Vimeo :

https://vimeo.com/173388197

VTS_01_1 from stephanie ewens on Vimeo.

https://vimeo.com/174581901

VTS_01_2 from stephanie ewens on Vimeo.

https://vimeo.com/173383562

VTS_01_3 from stephanie ewens on Vimeo.

Les lecteurs  désirant en savoir davantage sur la contribution de Thomas Ewens au modèle de la Médiation pourront se référer à la page du site de Jean-Claude Qentel :
http://jc.quentel.free.fr/theoryofmediation.html

(1) Clin-d’œil de l’Histoire : Situé à Montpeyroux, Dordogne, le château de Matecoulon fut donné par Montaigne à son frère. Il est mentionné par Jean Lacouture dans Montaigne à Cheval (Seuil).

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