L’administration de la santé

Dans les réflexions sur « Des mots, des ouvrages, des actes et des normes » (Questions actuelles / Psychanalyse), Jean-Claude Schotte nous parle de « L’administration de la Santé« 

Il est ici question du diagnostic et de son emploi. Sans doute certains thérapeutes entrent-ils dans la relation de soin avec leurs patients sans établir préalablement de diagnostic mais en écoutant attentivement les patients. D’autres établissent des diagnostics après un temps d’échanges et d’observation et procèdent comme les premiers. Il est enfin des diagnostics systématiquement établis à l’aide de ces instruments statistiques que sont principalement la CIM et le DSM.

Basés sur des conventions et non sur des hypothèses explicatives, ces instruments ne sont pas innocents. Ils fondent un diagnostic sur une check-list de symptômes : il suffit d’atteindre un nombre critique de symptômes pour conclure à la présence de tel ou tel trouble. Certains patients s’en accommodent, d’autres en souffrent car précisément le symptôme appartient au patient qui compense par là une morbidité douloureuse. Il demeure que, dans un cas comme dans l’autre, le patient est désormais placé sous la responsabilité d’un pouvoir « modulaire » qui le prive du plein exercice de son autonomie en tant que personne.

Mais les instruments de diagnostic comme ceux évoqués relèvent aussi de l’idéologie contemporaine de « rationalisation » de l’action thérapeutique en accord avec l’économie (prise dans toutes les acceptions du mot) de la société. Bien plus que des procédures de diagnostic, ils ne sont ni plus ni moins que des outils administratifs de gestionnaires : quel trouble ? Comment va-t-on le soigner ? Durant combien de temps ? Et, surtout, combien cela coûtera-t-il ? Le sujet-patient s’efface derrière les calculs du manager-comptable.

Share



Laisser un commentaire